Contrat de concession de la tour Eiffel


Lorsque Gustave Eiffel gagne le concours organisé en mai 1886 pour la construction de sa tour, il signe un contrat de concession

NOTE : Ce texte provient du livre de Gustave Eiffel "La tour de 300m". Il fait suite à des explications sur le choix des matériaux et décrit les étapes de la mise en place de la commission statuant sur l'édification d'une tour métallique de 300m de haut, puis de la signature du contrat liant l'entrepreneur Eiffel et la ville de Paris.


Présentation et approbation des projets

On me permettra de faire, pour l'historique de cette période, de larges emprunts au magistral Rapport Général de M. Alfred Picard, Inspecteur Général des Ponts et Chaussées, Président de section au Conseil d'État, aujourd'hui Commissaire Général de l'Exposition de 1900.

"Ces indications (sur les hautes piles métalliques) mettent en lumière et montrent en même temps combien, dans les ouvrages les plus considérables, on était resté loin de la hauteur assignée à la Tour du Champ de Mars. Elles mettent aussi en lumière la part si large prise par M. Eiffel dans l'étude et l'exécution des travaux de ce genre : par sa science, par son expérience, par les progrès considérables qu'il a réalisés dans les procédés de montage, par la puissance de production de ses ateliers, cet éminent constructeur était tout désigné pour entreprendre l'œuvre colossale qui a définitivement consacré sa réputation.

L'entreprise était bien faite pour tenter un constructeur habile, expérimenté et audacieux, comme M. Eiffel : il n'hésita point à en assumer la charge et à présenter des propositions fermes au Ministre du Commerce et de l'Industrie, en vue de comprendre la Tour dans le cadre de l'Exposition universelle de 1889. Dans la pensée de M. Eiffel, cette œuvre colossale devait constituer une éclatante manifestation de la puissance industrielle de notre pays, attester les immenses progrès réalisés dans l'art des constructions métalliques, célébrer l'essor inouï du génie civil au cours de ce siècle, attirer de nombreux visiteurs et contribuer largement au succès des grandes assises pacifiques organisées pour le Centenaire de 1789.

Les ouvertures de Mr Eiffel reçurent un accueil favorable de l'Administration. Lorsque, à la date du 1er mai 1886, Mr Lockroy, alors Ministre du Commerce et de l'Industrie, arrêta le programme du concours pour l'Exposition de 1889, il y inséra l'article suivant :

Les concurrents devront étudier la possibilité d'élever sur le Champ de Mars une tour en fer à base carrée, de 125 mètres de côté à la base et de 300 mètres de hauteur. Ils feront figurer cette tour sur le plan du Champ de Mars, et, s'ils le jugent convenable, ils pourront présenter un autre plan sans ladite tour.

On peut dire que, dès cette époque, le travail était décidé en principe. Peu de jours après, le 12 mai 1886, M. Lockroy instituait une Commission pour l'étude et l'examen du projet d'exécution que j'avais présenté. Cette Commission était ainsi composée : Le Ministre du Commerce et de l'Industrie, président; — MM. J. Alphand, Directeur des travaux de la Ville de Paris; — G. Berger, ancien Commissaire des Expositions internationales ; — E. Brune, architecte, professeur à l'École des Beaux-Arts ; — Ed. Collignon, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées; — V. Contamin, professeur à. l'École Centrale; — Cuvinot, sénateur; Hersent, Président de la Société des ingénieurs civils; — Hervé-Mangon, Membre de l'Institut; — Ménard-Dorian, député ; — Molinos, Administrateur des Forges et Aciéries de la Marine; — Amiral Mouchez, Directeur de l'Observatoire; — Phillipps, Membre de l'Institut.

La convention

La convention

La Commission s'est réunie au Ministère du Commerce et de l'Industrie, le 15 mai 1886. Dans cette première séance, le Ministre a rappelé que l'adoption définitive du projet présenté par M. G. Eiffel restait subordonnée aux décisions ultérieures de la Commission de contrôle et de finances, et que la Commission actuelle était exclusivement chargée d'étudier ce projet au point de vue technique et d'émettre un avis motivé sur les avantages qu'il présente et les modifications qu'il pourrait comporter. La Commission a entendu les explications fournies par M. G. Eiffel et a confié l'étude détaillée des plans et la vérification des calculs à une Sous-Commission composée de MM. Phillipps, Collignon et Contamin.

Dans sa seconde séance, tenue le 12 juin, la Commission a reçu lecture du rapport présenté, au nom de la Sous-Commission, par M. Collignon, et, par un vote, a adopté à l'unanimité les conclusions de ce rapport. Ensuite, sur l'invitation du Ministre, elle s'est livrée à l'examen des divers autres projets de tour dont le Ministre s'était trouvé saisi dans l'intervalle des deux séances. Après avoir successivement examiné les projets présentés par MM. Boucher, Bourdais, Henry, Marion, Pochet, Robert, Rouyer et Speyser, la Commission a écarté plusieurs d'entre eux comme irréalisables, quelques autres comme insuffisamment étudiés, et finalement, sur la proposition de M. Alphand, elle a déclaré à l'unanimité, que la tour à édifier en vue de l'Exposition universelle de 1889 devait offrir nettement un caractère déterminé, qu'elle devait apparaître comme un chef-d'œuvre original d'industrie métallique et que la tour Eiffel semblait seule répondre pleinement à ce but. En conséquence, la Commission, dans les limites du mandat purement technique qui lui était confié, a proposé au Ministre l'adoption du projet de tour Eiffel, sous la double réserve que l'ingénieur-constructeur aurait à étudier d’une manière plus précise le mécanisme des ascenseurs, et que trois spécialistes, MM. Mascart, Becquerel et Berger, seraient priés de donner leur avis motivé sur les mesures à prendre au sujet des phénomènes électriques qui pourraient se produire. (Extrait des procès-verbaux de la Commission)


Traité définitif

"Le 8 janvier 1887, MM. Lockroy, Ministre, Commissaire général de l'Exposition, Poubelle, préfet de la Seine, dûment autorisé par le Conseil municipal, et Eiffel, soumissionnaire, signaient une convention aux termes de laquelle ce dernier s'engageait définitivement à exécuter la Tour de 300 mètres et à la mettre en exploitation à l'ouverture de l'Exposition de 1889.

M. Eiffel demeurait soumis au contrôle des ingénieurs de l'Exposition et de la Commission spéciale instituée le 12 mai 1886. Il recevait :

     1. Une subvention de 1 500 000 francs, échelonnée en trois termes, dont le dernier échéant à la réception de l'ouvrage;

     2. L'autorisation d'exploiter la Tour pendant toute la durée de l'Exposition, tant au point de vue de l'ascension du public qu'au point de vue de l'installation de restaurants, cafés ou autres établissements analogues, sous la double condition que le prix de l'ascension serait limité, les jours ordinaires, à 5 francs pour le sommet et à 2 francs pour le premier étage, et les dimanches et jours fériés, à 2 francs pour le sommet et à 1 franc pour le premier étage, et que les concessions de cafés, restaurants, etc., seraient approuvées par le Ministre;

     3. La continuation de la jouissance pendant vingt ans à compter du 1er janvier 1890.

A l'expiration de ce dernier délai, la jouissance de la Tour devait faire retour à la Ville de Paris, qui était d'ailleurs substituée à l'État dans la propriété du monument, dès après l'Exposition. »



Voir aussi :

. Histoire de la tour Eiffel


La tour Eiffel

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