Effets physiologique de la montée sur la tour Eiffel


C'est dès la fin du XIXe siècle, alors que la tour vient tout jsute d'être terminée, que le docteur Hénocque étudie les effets de la montée au sommet sur le corps humain, à une époque où l'on pouvait encore monter à pieds jusqu'au sommet. LE compte-rendu qui suit, qui a été écrit par ce médecin, évoque pas mal d'effets physiologiques et les détaille par type d'efforts à faire. On y fait mention d'une unité d'effort humain, le Kg.m, (Poids x distance à parcourir). La suite de ce document reprends le texte qu'il a écrit et fournit à Gustave Eiffel pour la rédaction de son livre "La tour de 300m".


Introduction

Lorsqu'on monte par les ascenseurs à la terrasse de la 3e plate-forme de la Tour (278 m), l'organisme est influencé par les différences de l'altitude, de la température, de la ventilation ; mais, quelle que soit la variation de ces conditions, les ingénieurs, les employés, les visiteurs, tous ceux qui sont transportés en ascenseur au-dessus de la dite plate-forme, là où sont situés les laboratoires, ont constaté qu'ils éprouvaient une impression en général analogue. La respiration devient plus ample et plus facile; le pouls bat plus rapidement, puis devient plus régulier et plus résistant. En même temps, ils ressentent un sentiment de bien-être, d'activité générale, d'excitation. La satisfaction d'un isolement sur un plateau où se développe un aussi vaste horizon, et où règne un air d'une grande pureté et particulièrement vivifiant, détermine, principalement chez les femmes, une excitation psychique se traduisant par la gaieté, des conversations animées, joyeuses, le rire, l'attrait irrésistible à monter plus haut encore, jusqu'au drapeau, en somme une excitation générale qui rappelle aux voyageurs celle que provoquaient chez eux des ascensions dans les stations de hautes montagnes. Pour peu que le séjour au sommet se prolonge, cette impression s'accentue. Il se produit une sensation d'appétit remarquable; en même temps, l'esprit étant occupé par ce splendide spectacle, la notion de la durée du séjour s'affaiblit singulièrement, alors s'augmente le désir de prolonger le repos et cette contemplation.

Note : Ce texte datant du XIX siècle, ne soyez pas surpris de la distinction que l'on peut lire entre les hommes et les femmes au sujet de l'euphorie naturelle que chacun éprouve à se trouver au sommet...

Ces effets, dûs à un transport rapide et sans fatigue dans une couche atmosphérique située à 300 m au-dessus du sol dont elle est complètement isolée, méritaient d'être étudiés avec soin. J'ai fait, dans ce but, de nombreuses observations qui m'ont fourni des résultats intéressants que l'on ne pouvait soupçonner à priori. J'exposerai ici la partie la plus importante de ces recherches en étudiant successivement les principaux phénomènes de modification dans la circulation et la respiration. J'examinerai surtout les modifications produites dans un des phénomènes physiologiques qui les résume toutes, l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine, c'est-à-dire l'activité des échanges respiratoires entre le sang et les éléments des tissus. Les résultats obtenus par cet examen spécial sont beaucoup plus concordants et plus démonstratifs que les constatations de la fréquence du pouls et de la respiration.


Travail mécanique dû à l'ascension à pied

En étudiant les phénomènes relatifs à l'activité de la réduction après une montée à pied par les escaliers, j'ai eu l'occasion de faire des observations, qui ne sont pas sans intérêt, sur les conditions dans lesquelles s'effectue cette montée et sur le travail mécanique qui y est développé. Je ferai remarquer que la Tour, par le développement exceptionnel d'un escalier presque continu, se prête particulièrement bien à des recherches de ce genre. C'est le résultat de celles-ci qui est indiqué ci-après.


Travail mécanique dû à la montée

La montée à pied à la 3e plate-forme de la Tour comprend une ascension verticale de 277 m, et un parcours horizontal sur les escaliers et les plates-formes de 438 m, suivant le tableau ci-dessous.

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Ces chiffres vont nous permettre de calculer, pour un homme d'un poids moyen de 70 kg, le travail mécanique qu'il doit développer pour faire l'ascension des divers étages en tenant compte de son déplacement horizontal; nous en déduirons son travail en kilogramme très par seconde, en faisant intervenir le temps de l'ascension. Ces calculs nous amèneront à une évaluation du chiffre du travail dû à la marche sur un terrain horizontal, dont la valeur, malgré tous les travaux faits à ce sujet, reste encore assez incertaine. Parlons d'abord des faits établis par une suite déjà longue d'observations. Le temps normal de la montée pris par les ouvriers de la Tour, soit pendant la construction, soit pendant l'exploitation, est de :

  • A la 1ere plate-forme : 6 minutes
  • A la 2e plate-forme : 21 minutes
  • A la 3e plate-forme : 30 minutes

Cette rapidité d'ascension a été dépassée par le Dr François, qui est monté en 21 minutes au 3e étage, et par deux étudiants, MM. Duhamel et Murer, qui sont montés en 25 minutes. Ce sont, à ma connaissance, les durées les plus courtes qui aient été réalisées à ce jour (Ces chiffres datent de la fin du XIXe siècle) Le célèbre voyageur M. d'Abadie, âgé de 70 ans, a fait lui-même une observation d'ascension aussi rapide qu'il pouvait l'effectuer, Elle a été de 35 minutes. Par contre, la durée de 60 minutes a été réalisée par deux étudiants en médecine qui se proposaient d'éviter la fatigue (observations N° 43 et 44).

Ces diverses durées correspondent les unes et les autres à une vitesse moyenne verticale de 0,154 m. Mais elles amènent, surtout pour la 3e plate-forme, de l'essoufflement et de la fatigue ; un tel travail ne pourrait se prolonger. Aussi trouvons-nous tout à fait exagéré le chiffre de 0,15 m que l'on trouve dans la plupart des ouvrages traitant du travail mécanique que l'homme peut produire, comme la moyenne d'une vitesse pouvant être maintenue pendant 8 heures (Courtois, Moteurs animés, et autres). La fatigue est déjà bien moindre avec la durée habituelle de 45 minutes prise par des hommes moins exercés. Néanmoins, le personnel de la Tour estime qu'on ne pourrait, même normalement, maintenir cette durée pendant un travail journalier de 8 heures, et il pense généralement que l'homme, pour ne pas éprouver à la fin de la journée un excès de fatigue, ne pourrait effectuer plus de 8 montées par journée de 8 heures de travail, soit une seule montée par heure. C'est sur ces données d'une expérience prolongée que nous opérerons.

Pour un homme dont le poids moyen est de 70 kg y compris vêtements, le travail mécanique total comprend celui dû à l'ascension verticale des 277 m, soit, sans aucun conteste, 70 x 277 = 19 390 Kgm, et en plus le travail dû à son déplacement horizontal sur un terrain plat de 438 m. Ce travail est bien plus difficile à apprécier que le premier, et demande à être étudié avec quelques développements.

Ce mouvement horizontal ne peut se produire que sous l'influence d'une force horizontale dont le point d'application se déplace à une vitesse déterminée et qui produit un certain travail mécanique en kgm, s'ajoutant au premier.

En appelant F cette composante horizontale de la marche, c est-à-dire l'effort horizontal que l'homme doit développer pour entretenir celle-ci sur un terrain plat, le travail total effectué, exprimé en kilogrammètres, est :

19 390 + F x 438

Pour se rendre compte de le valeur de la composante horizontale de la marche que nous avons appelée F, on peut rechercher une équivalence entre le travail total ci-dessus et celui résultant du déplacement d'un marcheur sur un terrain plat pendant le même temps. M. Courtois, ingénieur des ponts et chaussées, donne dans son Traité des moteurs animés, la vitesse de 1,00 m comme normale moyenne pour un voyageur sans fardeau sur une bonne route plate. Cette vitesse correspond suivant le rythme normal à 70 pas doubles de 1,37 m de longueur et a un parcours de 3 700 m à l'heure. Elle peut se prolonger pendant huit heures, soit 40 km dans une journée. Nous estimons qu'au point de vue de la dépense d'énergie musculaire, on peut assimiler le travail journalier des 8 ascensions dont nous avons parlé à ce parcours horizontal de 40 km pendant le même temps. Or le travail pendant les 3 600" de la marche horizontale est de F x 1,60 X 3 600, soit F X 3.700.

Si l'on admet l'équivalence que je viens d'indiquer dans le travail moyen d'une montée et celui d'un parcours horizontal de 5 700 m, on aura l'égalité : 10 300 + F x 438 = F x 5 700, d'où : F = 19 390 / 5 322 = 3,80 Kg.

Avec cette valeur de F, le travail de l'ascension dû au déplacement horizontal sera de 3,80 x 438 = 1 664 kgm. En y ajoutant le travail suivant la verticale, soit 19 390, le travail total de l'ascension sera de 19 390 + 1 991 = 21 054 Kgm pendant 3 600", soit par seconde : 31 051 / 3 600 = 5,84 Kgm. Ce chiffre est très voisin de celui de 6 kgm par seconde généralement admis pour la force humaine représentée par l'action de l'homme sur une manivelle, et un peu au-dessus de celui de 7 kgm, soit de cheval, qui figure dans la plupart des ouvrages.

On peut observer que les chiffres qui précèdent correspondent par heure à une ascension verticale de 277 m, soit à une vitesse de 0,77 m par seconde. Ce chiffre est a peu prés la moitié de celui de l'auteur déjà cité, M. Courtois, qui le porte à 0,15 m pour un travail moyen prolongé. Ce dernier chiffre conduit à des conséquences tout à fait erronées sur le travail de l'homme montant un escalier. Cette valeur de 0,l5m obtenue momentanément par les ouvriers très exercés, qui font l'ascension en une demi-heure, est à peu prés un maximum, mais nullement une moyenne. Avec cette vitesse, le travail des ouvriers est double du précédent, soit 11,68 Kgm par seconde, ce qui est certainement un travail excessif au-delà des forces humaines. On peut donc dire que le travail de l'ascension par les escaliers est de 6 kgm par seconde pour un travail continu et peut être porté à 12 kgm environ pour une ascension unique. D'une manière générale, en désignant le poids de l'homme par P, la hauteur d'ascension par H, la distance horizontale parcourue par D, et le temps en secondes de l'ascension par t, on aura l'égalité :

P.H + F.D = 1,60.F.t, d'où : F = P.H / (1,60t - D)

Et le travail T par seconde sera :

T = (1 / t) x (P.H + D.F) = (P.H / t) x (1 + D / (1,60 t - D))

Si P = 68,50 Kg, t = 1 800, H = 277 et D = 438 alors F = 7,8 Kg et T = 12,5 Kgm

C'est avec cette formule que sont calculées les valeurs inscrites dans la dernière colonne du tableau N° 2. Le travail suivant la verticale est indiqué, dans l'exemple que nous venons de prendre, par le chiffre de 18 073 kgm, et le travail suivant l'horizontale par 3 410 qui sont dans le rapport de 5,50 à 1.


Travail dans la descente

Pour la descente à pied, nous avons, comme pour la montée, consulté le personnel de la Tour pour lequel une expérience prolongée a donné les résultats que nous allons relater. La descente par les escaliers de la 3e plate-forme au sol exige une durée normale de 14 à 15 minutes, pour ne pas amener de fatigue spéciale. L'allure de cette descente est, au point de vue des efforts développés, tout à fait comparable à celle de la montée en 45 minutes. Le rapport de la vitesse de la montée à celle de la descente serait ainsi de 1 à 3.

Ce rapport de 1 à 3 se maintient pour les allures vives un peu exceptionnelles; la descente en effet peut être réalisée dans une durée de 8 minutes seulement, et comparable aux 25 minutes de la montée rapide. Dans la descente, le travail mécanique est faible et le travail est presque en entier un travail physiologique ; or, celui-ci doit même être assez élevé en raison du rapport de la vitesse de la montée à celle de la descente. On verra dans un chapitre suivant des exemples des résultats produits par la descente à pied sur l'activité de la réduction.

Des recherches plus multipliées sur ce point seraient très intéressantes et nous nous proposons de les réaliser prochainement, en faisant faire des montées d'une manière continue pendant toute une journée, les descentes se faisant par les ascenseurs, et en effectuant pendant une autre journée uniquement des descentes, les ascenseurs servant aux montées et pour les repos.


De l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine

Pour bien comprendre l'importance de cette étude, il est indispensable de rappeler en quelques mots les données sur le rôle de l'oxyhémoglobine, et les transformations quelle subit dans l'organisme.

L'hémoglobine est la matière colorante du sang. Cette substance renfermée dans les globules du sang, auxquels elle donne une couleur rouge, renferme tout le fer du sang; elle doit à sa combinaison peu stable avec l'oxygène son rôle d'agent vecteur de l'oxygène dans les tissus. C'est elle qui, se chargeant dans les poumons de l'oxygène de l'air, le transporte à travers le système vasculaire dans le cœur, les artères et les capillaires, distribuant son oxygène aux éléments des tissus. Dans cet échange entre le sang et les éléments organiques, qui représente la respiration interstitielle, les principes constitutifs des tissus s'oxydent aux dépens de l'hémoglobine, qui, leur cédant son oxygène, est elle-même réduite. Cette hémoglobine réduite, qui donne au sang veineux sa coloration foncée, est ramenée aux poumons pour y faire une provision nouvelle de l'oxygène indispensable à la vie. La quantité d'hémoglobine oxygénée ou oxyhémoglobine, à l'état de santé, varie entre 12 et 14 % du poids du sang; du reste, la richesse de cette humeur en oxyhémoglobine correspond au poids du fer et est proportionnelle, non seulement au nombre des globules, mais aussi à leur volume.

Chez les anémiques, la quantité d'oxyhémoglobine diminue ; elle est de 10,9, 8,7 %, suivant le degré de l'anémie, mais peut descendre a 4 % et moins encore dans les cachexies; elle s'élève au contraire à 15 % dans la pléthore. L'examen spectroscopique de l'hémoglobine, lorsqu'on étudie du sang pur, non dilué, sous des épaisseurs variables et graduées, dans un hématoscope, démontre plusieurs bandes d'absorption dans le spectre, qui permettent de distinguer l'oxyhémoglobine de l'hémoglobine réduite et de ses divers dérivés. En résumé, le phénomène caractéristique des deux bandes, situées dans les plages jaune et verte nettement délimitées, faciles à définir et à mesurer, sert de base à l'hématospectroscopie.

La quantité d'oxyhémoglobine est mesurée par l'analyse spectroscopique de quelques gouttes de sang placées dans une petite cuve capillaire appelée hématoscope. C'est également au moyen de l'examen spectroscopique du sang circulant dans le pouce que l'on apprécie l'activité de la réduction, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que l'oxyhémoglobine se réduise dans les tissus, abandonnant aux éléments cellulaires la quantité d'oxygène qu'elle contient, phénomène qui constitue la respiration interstitielle, phénomène d'échanges gazeux entre le sang et les tissus. L'activité de la réduction dans les conditions physiologiques varie dans certaines limites. Cette activité est augmentée par les efforts, la marche, les ascensions, les exercices de gymnastique, d'équitation, d'escrime, de bicyclette, à condition de ne pas atteindre la fatigue exagérée et le surmenage qui amènent le ralentissement des échanges.

Elle est diminuée d'une façon permanente dans certaines maladies, telles que les anémies, la chlorose, les cancers, etc. Elle peut être régularisée pour une médication appropriée. L'appréciation de la quantité d'oxyhémoglobine et de l'activité se fait par la méthode hématoscopique qui porte mon nom.


Modifications de l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine dans les ascensions à la Tour Eiffel.

J'ai pris plus de 60 observations en les variant de façon â étudier les effets produits : 1er par l'ascension mécanique en ascenseurs ; 2e par les montées à pied par les escaliers à diverses hauteurs ; 3e par la descente des escaliers à pied

Montées par les escaliers

Les observations sont au nombre de 28. Les détails en sont réunis sous forme du tableau n° 1. Comme exemple, nous reproduisons les résultats d'une des ascensions pratiquées le 24 août 1889.

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Ces observations et toutes celles qui figurent au tableau montrent que chez des individus à quantité d'oxyhémoglobine différente et d'une activité variable, l'augmentation de l'activité est un fait constant. Une autre observation démontre la persistance de l'augmentation de l'activité pendant deux heures de séjour à 285 m et même après la descente.

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Le détail de toutes nos observations est donné dans le tableau N°1 qui comprend les résultats de 28 observations de montées en ascenseur.

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Examinons les conclusions générales qui résultent de l'étude du tableau d'ensemble :

  1. Sur les 28 cas, l'activité est augmentée 26 fois
  2. Il n'y a que deux cas de diminution de l'activité, et encore est-elle très minime (0,18 à 0,15), et elle doit être attribuée à une influence morale (vertige ou état nerveux). L'augmentation peut donc être considérée comme la règle. Elle varie de 0,08 à 0,54; la moyenne est d'environ 0,28 (elle a atteint exceptionnellement 1,15 dans une observation, n° 23)

Activité de la réduction dans les montées à pied

Comme exemple des phénomènes produits dans la montée à pied, je reproduis trois observations qui ont été prises le 26 juin 1896 à la suite d'une conférence faite à la Tour en présence du professeur Proust et de ses élèves du Cours d'hygiène à la Faculté de médecine, réunis au nombre de 80.

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Dans ces trois observations, nous notons une augmentation de l'activité très importante de 0,20, 0,34 et 0,45, en d'autres termes du quart, du tiers, et plus de la moitié de l'activité prise au départ. L'étude du tableau n° 2, qui résume 26 observations de montées à pied, permettra d'apprécier les variations qui se sont produites dans les diverses circonstances.

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En examinant ce tableau au point de vue de l'activité de la réduction, nous trouvons que celle-ci n'a été diminuée que dans 4 cas sur 23. Elle a été au contraire augmentée dans tous les autres (19 cas). L'augmentation de l'activité est donc la règle. La diminution ne s'est produite que dans des cas d'essoufflement, c'est-à-dire de surmenage dû à l'effort trop rapide ou trop intense, ce qui s'observe d'ailleurs dans tous les exercices physiques exagérés.

L'augmentation de l'activité est à peu près la même que pour la montée en ascenseurs, quoique ayant une tendance à être supérieure. Elle varie de 0,04 à 0,60; elle est en moyenne de 0,29. Le minimum de 0,04 coïncide avec un certain degré d'essoufflement. Les deux maxima 0,55 et 0,60 ont coïncidé avec une ingestion préalable de café concentré. Il semble donc qu'une conclusion s'impose : dans l'ascension passive, l'augmentation est certainement dûe à l'influence du changement rapide du milieu, tandis que dans l'ascension active, le travail produit et l'exercice musculaire donnent bien une augmentation, mais celle-ci n'est pas aussi prononcée qu'on pouvait le supposer. L'influence du milieu ambiant semble à elle seule avoir une importance à peu près égale à celle de la dépense d'énergie musculaire, combinée avec celle du milieu. Ces deux influences n'agissent pas nécessairement dans le même sens, ainsi que le prouvent les quelques cas où la diminution a été observée. C'est une des raisons pour lesquelles il ne nous a pas été possible de trouver une relation entre le travail mécanique produit par la montée à pied et l'augmentation de l'activité. Ces études demanderaient à être poursuivies et faites sur un beaucoup plus grand nombre d'individus, et dans des conditions encore plus précises.

Descente à pied

Il nous a été possible dans quelques observations de constater des modifications de l'activité de la réduction dans la descente à pied. Voici le tableau résumé de ces observations :

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Dans une autre observation (N° 14), la descente a été de 20 minutes sans amener d'essoufflement et sans accélération notable. Dans deux autres cas d'ascension au 2e étage (N° 51 et 53), la descente s'est effectuée en 5 minutes, sans essoufflement, mais avec sensation de fatigue principalement dans les muscles des mollets et le droit antérieur de la cuisse. (L'ascension avait duré un quart d'heure.) En examinant ce tableau, nous constatons que dans les trois premières observations, où la montée préalable avait duré 45 minutes, la descente n'a duré que 25 minutes. L'allure, d'ailleurs, n'avait pas été réglée d'avance; mais dans les trois cas il y a augmentation de l'activité de la réduction supérieure même à l'augmentation produite par la montée, soit 0,25 + 0,42. Bien plus, dans le troisième cas, la montée ayant produit de la fatigue et de l'essoufflement, l'activité était, au sommet de la Tour, diminuée de 0,12. Au contraire, après la descente, l'activité était augmentée de 0,24. Dans les deux dernières observations, la descente s'est effectuée en 5 minutes, tandis que la montée avait demandé 15 minutes.

Ces résultats semblent donc amener à cette conclusion, du moins pour ce petit nombre d'observations, que la fatigue due au travail physiologique de la descente, fatigue qui a surtout pour siège les extenseurs du pied et de la jambe, c'est-à-dire la région du mollet et la partie supérieure de la cuisse, a pour conséquence une augmentation de l'activité de la réduction supérieure à celle que produisait la montée et s'ajoutant même à celle-ci. Ces conclusions seraient d'ailleurs en accord avec les observations faites dans la pratique journalière des travaux à la Tour, telles que nous les avons exposées d'autre part.


Modification du pouls

Montées par les ascenseurs

Les variations du pouls ne présentent pas la constance de l'augmentation observée pour l'activité de la réduction. La diminution a été observée dans 6 cas sur 17 observations. L'augmentation parait au contraire beaucoup plus habituelle. En effet, dans 11 cas sur 17, ces augmentations ont été de 2 à 8 et très exceptionnellement de 11.

Montées à pied

Au contraire, dans les montées a pied, la diminution n'a été observée que 2 fois chez le même individu, malgré une augmentation de l'activité de 0,34 et 0,53 (Observation 13 et 17). L'augmentation se montre dans les 14 cas qui suivent, variant de 1 à 76.

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De l'examen de ce tableau, il résulte qu'il y a généralement concordance entre l'augmentation du pouls et celle de l'activité.


Tension vasculaire

Dans une première ascension faite en compagnie du Dr Potain qui voulait étudier l'action da l'ascension sur le pouls de ses élèves, nous avons obtenu les résultats suivants, sur deux sujets : le Dr Segond et le Dr H. La tension y est exprimée en centimètres de mercure.

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Une troisième observation a été prise par le Dr Porge dans une montée à pied à la 2e plate-forme en 15 minutes.

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L'on remarque que l'augmentation de la tension a été plus prononcée dans les ascensions passives à 300 m que dans la montée à pied. Dans ces observations, la tension artérielle a été prise à l'aide du sphygmomanomètre et suivant la méthode du professeur Potain, par le professeur lui-même et par le Dr Porge.


Modification de la respiration

Les variations du nombre des respirations sont très irrégulières. Quel que soit le mode d'ascension, l'on observe le plus souvent une faible diminution de 3 ou 4 respirations par minute, mais presque aussi souvent l'égalité. L'augmentation semble être exceptionnelle. Celle absence de résultats accentués peut s'expliquer par la difficulté de l'évaluation précise du nombre des respirations dans un examen rapide et subordonné à l'auto-suggestion du sujet observé. Cependant, d'une manière générale, la respiration a présenté une augmentation notable dans l'amplitude de l'inspiration.


Conclusion

Il résulte de toutes ces observations et de leur étude aux différents points de vue que j'ai envisagés, que la caractéristique de l'influence des ascensions à la Tour sans aucun travail, et par conséquent l'action particulièrement due au transport rapide, est l'augmentation très notable et pour ainsi dire constante de l'activité de la réduction.

Cette augmentation se rencontre, il est vrai, dans des ascensions en funiculaire, sur des montagnes élevées ; mais elle se produit ici non plus à un millier de mètres et davantage, mais bien à la simple hauteur de 300 m.

Dans les observations d'ascension en funiculaire à Glyon (742 m), à Murren (1 673 m), au Righi Kulm (1 800 m), j'ai observé des différences s'élevant à peine à 0,10, c'est-à-dire inférieures aux augmentations moyennes observées à la Tour. Il faut donc admettre une action spéciale en rapport avec la position de la Tour isolée de la couche atmosphérique en contact avec la terre. Au sommet de la Tour, on serait donc dans une sorte de climat comparable à celui de montagnes beaucoup plus élevées ; et d'ailleurs, les observations météorologiques démontrent bien pour les variations de l'aération, de la température, de la radiation et du régime des vents, ainsi que pour la tension électrique de l'atmosphère, une analogie semblable avec les variations observées sur des montagnes très élevées. Cela résulte des travaux de même ordre, précédemment rapportés dans ce livre.

Il est permis d'en tirer une conclusion au point de vue thérapeutique : c'est que l'influence de l'ascension est favorable dans tous les états morbides où il y a indication d'exciter l'activité de la réduction, par exemple, en premier lieu, dans les anémies, la chlorose, certaines dyspepsies, etc.

Cette opinion, exprimée par plusieurs médecins, qu'on pourrait utiliser le séjour de la 3e plate-forme dans un but thérapeutique, c'est-à-dire d'y installer une sorte de cure d'altitude, était raisonnable. En effet, on a remarqué dans le personnel, et en particulier chez les femmes employées aux établissements des diverses plates-formes, et même chez des hommes souffrants ou convalescents, une amélioration très sensible de l'état général, en particulier l'augmentation de l'appétit et la régularisation de l'activité générale de la nutrition.

Il serait intéressant de tenir compte de ces résultats dans les cures d'altitude auxquelles on pourrait adjoindre un mode facile d'ascensions rapides et répétées sur des sommets aussi abrupts et isolés que possible, où l'on se trouverait sous l'influence d'une atmosphère tout â fait spéciale et très différente des couches voisines du sol, quelque élevé qu'il soit.



Voir aussi :

. Applications scientifiques de la tour Eiffel

. Tous les phénomènes naturels sur la tour Eiffel


La tour Eiffel

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