La radiodiffusion militaire à partir de la tour Eiffel


L'utilisation de la tour Eiffel en tant qu'antenne de diffusion radio ne fut pas qu'une application technique liée à sa taille : Elle la sauva de la destruction. En effet, la tour avait été construite pour 20 ans seulement, elle devait donc être démontée à la fin du bail qui avait été accordé mais ce qui empêcha son démantelement furent les tests réussis de radiodiffusion effectués par l'armée française.

Il faut quand même savoir que Gustave Eiffel sentait que si il ne faisait rien, il serait obligé de démonter sa tour, c'est pourquoi il autorisa un très grand nombre d'expériences scientifiques, et l'une d'elle concerna la radiodiffusion. C'est donc elle qui sauva la tour de la destruction, l'armée y voyant un intérêt.


1898 : La première liaison TSF

Les tout premiers tests furent fait 9 ans après la fin de la construction de la tour, le 5 novembre 1898. Le système fonctionna puisqu'un message parlé circula entre Ernest Roger et Eugène Ducretet, qui se trouvaient l'un à la tour Eiffel et l'autre au Panthéon, à 4Kms de là. Ces essais furent complétés et Gustave Eiffel, voyant là une bonne occasion de rendre sa tour indispensable, offrit la possibilité aux armées de l'utiliser pour y positionner des antennes militaires. Il prit même à sa charge les frais, preuve de l'importance qu'il accordait à ce dispositif (15 décembre 1903). Un mois plus tard le Génie accepta l'installation, qui devient un support important dans la communication inter-armée. Les transmissions se font en direction des régiments de l'Est, mais aussi au Sud, jusqu'à Casablanca (via un relais en pleine mer). La tour Eiffel devient alors un véritable bâtiment militaire, avec une salle souterraine de télécommunication. Elle permettra la communication avec les taxis de la Marne, les Etats-Unis, et captera même le message de rédition des allemands en 1918.

Le texte ci-dessous est une retranscription du livre 'La tour de 300m', de Gustave Eiffel, qui explique les essais faits jusqu'au Panthéon en 1898.


M. Ducretet a réalisé en 1898, du haut de la Tour, d'intéressantes expériences de télégraphie sans fil qui ont été communiquées à l'Académie des Sciences. Nous en reproduisons le compte rendu (7 novembre 1898) :

Mr Ducretet lors de la première liaison radio

Mr Ducretet lors de la première liaison radio

« Les essais de transmission entre la Tour Eiffel et le Panthéon, que j'ai commencés le 26 octobre, ont été suivis jusqu'à ce jour. La distance franchie est de 4 km et l'intervalle est occupé par un grand nombre de constructions élevées; les signaux reçus au Panthéon ont toujours été très nets, même par un brouillard assez épais ; il est donc possible d'affirmer qu'avec les mêmes appareils cette distance pourrait être sensiblement augmentée. Le poste transmetteur, installé sur la troisième plate-forme de la Tour Eiffel, comprenait :

Une bobine de Ruhmkorff de 25 cm d'étincelle, actionnée par mon interrupteur à moteur et un interrupteur à main, pour forts courants, produisant les émissions intermittentes de décharges oscillantes entre les trois sphères d'un oscillateur. Une des sphères extrêmes de cet oscillateur était mise en communication avec l'extrémité isolée du fil radiateur suspendu dans l'espace jusqu'à la plate-forme intermédiaire ; l'autre sphère extrême était reliée directement à la masse métallique de la Tour, jouant ainsi le rôle de terre.

Dans ces conditions, la longueur de l'étincelle entre les sphères de l'oscillateur est beaucoup diminuée, sans doute parce que le fil radiateur, au voisinage de la Tour métallique, acquiert une grande capacité. L'appareil récepteur était installé au Panthéon, sur la terrasse au-dessus des colonnades. En se plaçant dans les conditions inverses, le Panthéon devenant transmetteur et la Tour Eiffel réceptrice, on n'obtient aucune réception d'ondes; le voisinage immédiat de la Tour métallique et du fil vertical collecteur annule l'effet des ondes qui devraient agir sur le radio-conducteur.

Nous devons ajouter que ce dernier phénomène peut simplement tenir à certaines circonstances de l'expérience qu'il est possible d'écarter. Les essais faits sur les grands cuirassés, qui forment des masses métalliques bien plus considérables, semblent en fournir une preuve convaincante.


1903-1910 : L'utilisation militaire

Cet essai concluant s'est soldé par un intérêt indéniable de l'armée pour ces nouvelles technologies, mais cet intérêt ne s'est pas manifesté immédiatement. Fidèle à l'idée de placer l'efficacité d'abord, la grande muette privilégiait toujours, au tout début du XXe siècle, l'utilisation des signaux optiques et des pigeons voyageurs, techniques qui avaient fait leurs preuves. Mais, pour forcer l'armée à s'intéresser à sa tour (et ainsi limiter les risques de démontage au bon de la concession de 20 ans, le 31 décembre 1909), Gustave Eiffel proposa en 1903 de financer le projet du capitaine Gustave Ferrié visant à créer un réseau de transmission sans fils. Malheureusement les techniques n'en étant qu'à leurs débuts, il se voyait opposer l'inefficacité de ces nouveautés pour justifier le non versement de crédit à ses recherches.

Schéma TSF

Schéma TSF

C'est donc Eiffel qui finança pour lui ses expériences. L'armée accepta le 21 janvier 1904 qu'il se rapproche du capitaine pour mettre en place une antenne et un baraquement pour les essais. A cette époque le Champs-de-Mars était en friche, aussi fut-il simple d'y monter cet équipement. Tout d'abord l'antenne fut montée entre le 1er étage et la baraque où se trouvait le laboratoire de Ferrié, puis, rapidement, l'antenne fut hissée au second étage avant d'être installée au 3e. L'autre extrémité était fixée à un arbre de l'avenue Suffren.

Cette installation sera modifiée à plusieurs reprises. En 1908 on avait tiré 4 antennes d'une longueur de 360m, puis on fit des installations techniques plus performantes en enfouissant le laboratoire, laboratoire qui n'était plus en phase d'expérimentation. En 1909 l’Antenne comprenait six brins de 425 mètres de longueur amarrés à une potence métallique au sommet de la tour par l’intermédiaire d’isolateurs spéciaux. Déployés en éventail, ils étaient écartés de la tour par des retenues dont ils étaient isolés. Quatre de ces retenues passaient sur une poulie, au sommet d’un petit pylône de fer de deux mètres de hauteur, dissimulé dans un massif de verdure. Les retenues extrêmes aboutissaient à deux pylônes plus élevés, décorés par la ville de Paris et dressés dans l’axe de la rue Saint Dominique, à l’entrée du jardin. Les six câbles de l’antenne se réunissaient au dessus de la cour centrale, dans l’axe du Champ-de-Mars, et un conducteur vertical les connectait aux appareils du poste souterrain.

Le départ des antennes au 3e étage

Le départ des antennes au 3e étage

Les isolateurs

Les isolateurs

Les antennes, photographiées ci-dessus, étaient isolées électriquement. Au dessus de l’isolateur, chaque fil d’antenne était tendu par un câble en acier qui passait sur deux poulies à gorge montées sur une plate-forme en saillie de le Tour, puis qui allait s’enrouler sur un treuil. Pour visiter, réparer et même remplacer les fils d’antenne, il suffisait d'amener celui-ci à terre en activant les treuils.


En 1910 il fallut recréer une partie du laboratoire, la crue de la Seine l'ayant inondée. Cette époque fut l'âge d'or de la TSF à la tour Eiffel. Cette installation servait à envoyer des messages partout dans en Europe parce qu'il s'agissait d'un émetteur extrêmement puissant. Les autres installations, plus modestes, étaient utilisés pour la réception (à l'exception du poste de Bordeaux qui émettait vers les autres continents).



Voir aussi :

. Applications scientifiques de la tour Eiffel

. Description de la tour Eiffel


La tour Eiffel

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